Phare de Saint-Mathieu

Phare de Saint-Mathieu

Le phare de Saint-Mathieu, le sémaphore et les ruines de l'abbaye.
Le phare de Saint-Mathieu, le sémaphore et les ruines de l’abbaye.

Localisation : Pointe de Saint-Mathieu, Plougonvelin
Année de construction : 1835
Automatisation : 1996
Statut patrimonial : classé monument historique depuis 2011
Hauteur : 37 mètres
Nombre de marches : 163
Caractéristiques : un feu à éclat d’une période de 15 secondes

Sur la côte atlantique du Finistère, la pointe Saint-Mathieu est un des lieux les plus impressionnants en Bretagne. Au sommet des falaises abruptes se dresse le phare, construit sur les ruines d’une ancienne abbaye, aux côtés du sémaphore. L’histoire de ce phare, l’un des principaux phares des côtes françaises, est particulièrement riche, d’une part en raison de la présence des ruines, d’autre part parce que le lieu est éclairé depuis… 1250.


Histoire du phare de la pointe Saint-Mathieu

C’est sur la pointe Saint-Mathieu qu’est allumé le premier phare de Bretagne. En 1250, lorsque les moines bénédictins achèvent la construction de leur abbaye, ils allument chaque nuit un feu en haut d’une tour carrée de 40 mètres de haut, destinée à rendre la navigation des navires alentours moins dangereuse.

Quelques siècles plus tard, en 1689, la Marine royale installe un nouveau type de lanterne vitrée au sommet de la tour de l’abbaye de Saint-Mathieu. Ce dispositif expérimental est censé être plus efficace contre le vent, la pluie, les intempéries en général. Les résultats sont concluants, et la lanterne fermée se généralise rapidement à tous les phares.

Mais par souci d’économie et de sécurité, le charbon risquant d’enflammer toute l’abbaye, le feu de Saint-Mathieu n’est allumé qu’en automne et en hiver, lorsque la nuit est très noire. Dans le même temps, le vice-amirale de France, le comte de Tourville, déplore que le phare ne soit pas régulièrement allumé. À partir du 1er janvier 1694, ce sont donc les religieux qui s’en occupent, et bénéficient en contre-partie du droit de bris, c’est-à-dire qu’ils peuvent prendre possession des épaves et cargaisons de navires naufragés sur leurs terres.

Le phare est repris par la Marine en 1701, et une maison est louée pour y loger un gardien. La lanterne est brisée par un fort coup de vent en 1750, et l’édifice est renforcé par une armature métallique. Mais la lumière du phare attire les oiseaux de mer, qui cassent les carreaux en s’y écrasant : cela a d’ailleurs inspiré un poème de Jacques Prévert, Le gardien du phare aime trop les oiseaux, où le gardien décide d’éteindre le phare pour épargner les oiseaux, ce qui cause le naufrage d’un navire chargé… d’oiseaux. La lanterne est protégée par un grillage, qui a l’inconvénient de diminuer sa portée lumineuse.

En 1771, le comte d’Estaing, lieutenant général des armées navales, effectue plusieurs travaux sur la lanterne, tant et si bien que le feu est désormais visible jusqu’à 30km, contre deux lieues auparavant (environ 6km). Un peu plus tard, l’abbaye, alors en ruine, est vendue comme bien national en 1796 à un notable du Conquet, qui la fait démolir tout en épargnant l’église et la tour carrée faisant office de phare, l’ayant promis aux autorités.

Le sémaphore, les ruines de l'ancienne abbaye, l'église et le phare de la pointe Saint-Mathieu.
Le sémaphore, les ruines de l’ancienne abbaye, l’église et le phare de la pointe Saint-Mathieu.

Le feu de Saint-Mathieu est encore amélioré en 1820 et sa portée augmentée, mais sa hauteur, insuffisante, pose problème, et la tour de l’ancienne abbaye est en très mauvais état. La Marine fait alors construire une nouvelle tour, ronde celle-ci, et bâtie en partie avec les pierres de l’abbaye Saint-Mathieu. Ce nouveau phare cylindrique et non plus carré repose sur un large soubassement également circulaire. Il éclaire pour la première fois le 15 juin 1835. 

Il fonctionne à l’huile de colza dans un premier temps, puis au pétrole, et il est enfin électrifié en 1932. Il revêt son apparence actuelle en 1963 : il est peint en blanc et rouge et orné du nom “SAINT-MATHIEU”. Automatisé dès 1996, il n’est télé-contrôlé qu’à partir de septembre 2005. Les derniers gardiens quittent le phare en février 2006.


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Photographies : Kévin Hérieau et Gwenn Besson, octobre 2016.