Phare de l’île du Pilier

Phare de l’île du Pilier

Octobre 2016. Photographie : Kévin Hérieau
Les phares du Pilier. Octobre 2016.

 

Localisation : île du Pilier, au large de Noirmoutier (Vendée)
Année de construction : 1876
Automatisation : 1996
Statut patrimonial : classé monument historique depuis 2012
Hauteur : 34 mètres
Nombre de marches :

Au large de l’île de Noirmoutier, en Vendée, il y a 4 hectares de terre et de roches sans cesse fouettés par les vents marins. Inhabitée par les hommes, l’île du Pilier est en revanche un lieu important de nidification pour de nombreux oiseaux, notamment les goélands. 

Côté construction, on y trouve entre autres un ancien sémaphore militaire (poste permettant de communiquer par signaux avec les navires) et deux phares. Le premier est de forme cylindrique, et dénué de lanterne. Il a été désaffecté lorsque le second phare a été construit, plus haut et plus moderne.


Histoire du Pilier, du sémaphore et des phares

Source : Le Pilier, son fort et ses phares, 2007, Yves Soulet.

Lieu stratégique dans l’estuaire de la Loire, le Pilier est un îlot rocheux séparé de l’île de Noirmoutier par le chenal de la Grise. En termes de distance, il se situe à 2,5 milles de la pointe de l’Herbaudière, commune de Noirmoutier, et à 11 milles de Saint-Nazaire, ville portuaire à l’embouchure de la Loire.

Les premiers occupants du Pilier sont les moins bernardins, qui s’y établissent en 1172. Mais les conditions de vie y sont trop difficiles, et la terre impossible à cultiver. En 1205, les moines déclarent forfait et s’installent à Noirmoutier, où le climat est plus doux. Comme l’indique Yves Soulet, “si l’îlot du Pilier n’est pas particulièrement favorable à l’installation de communautés sédentaires, c’est un point stratégique de premier ordre à l’entrée de la baie de Bourgneuf et de l’estuaire de la Loire”.

En effet, lors de la guerre de Cent Ans, le Pilier fait souvent office d’escale pour les corsaires anglais. Par la suite, et surtout au 16ème siècle, l’îlot accueille des pirates de toutes origines, le brigandage y est de plus en plus intense, et “pour lutter contre ce fléau, les commerçants nantais décident alors de financer la construction d’une batterie, puis d’une tour, sur l’îlot”.

Ainsi, les travaux du fossé et du fortin circulaire, au centre de l’île, sont terminés en 1715. Une garnison y stationne en temps de guerre, tandis qu’il n’y a qu’un simple gardien en temps de paix. On raconte qu’être affecté au Pilier était pour les soldats une punition : les militaires qui y étaient envoyés étaient souvent le rebut de leurs compagnies.

En 1817, on réclame la construction d’un phare au Pilier en raison des hauts-fonds rocheux, très dangereux pour la navigation de nuit. La Commission des phares lance un vaste programme d’éclairage des eaux françaises en 1825, et c’est en 1825 que Louis-Joseph Plantier réalise une étude de l’emplacement du futur phare du Pilier.

Une tour cylindrique de 34 mètres de haut est construite, et le phare éclaire pour la première fois le 1er février 1829. Il est équipé du système lenticulaire de Fresnel, la lentille à échelons, qui permet d’augmenter considérablement la puissance lumineuse du phare.

Au départ pourvu d’une lampe à huile végétale, cette dernière est remplacée vers 1870 par une lampe à pétrole, plus puissante. Néanmoins, les températures sont beaucoup trop élevées, les joints de plomb et d’étain fondent sur la tête des gardiens. Face à ce danger, la décision est prise de construire une nouvelle tour plutôt que d’aménager l’ancienne. Le nouveau phare, de forme carrée, éclaire pour la première fois le 12 septembre 1877.

En 1888, sur le fortin, le bâtiment annulaire est détruit et remplacé par un nouveau bâtiment, un poste électro-sémaphorique, pour le compte de la Marine militaire.

Le sémaphore de l'île du Pilier. Octobre 2016.
Le sémaphore de l’île du Pilier. Octobre 2016.

À partir de 1907, le phare du Pilier, qui relevait administrativement du département de la Vendée, est exploité par le service des Phares et Balises de Saint-Nazaire. En revanche, le sémaphore est géré par la Marine militaire. Il est armé en 1916 en raison de sa position stratégique, puis abandonné quelques années plus tard, en 1921. Ce n’est qu’en juillet 1994 que le sémaphore et la partie sud de l’île sont cédés au Conservatoire du littoral par le ministère de la Défense. Depuis 2004, c’est l’association de la SCIP (Société pour la conservation de l’île du Pilier) qui entretient l’ancien sémaphore, et qui a accueilli les Pharôdeurs en octobre 2016.

Le phare du Pilier est automatisé et télé-contrôlé par la subdivision des Phares & Balises de Saint-Nazaire depuis octobre 1995.


Paroles de gardiens de phare

Source : Textes & témoignages insulaires : au large de Noirmoutier, l’île du Pilier, cahier d’ethnographie, 2008, Michel Pottier.

Lorsque nous sommes allés sur l’île du Pilier dans le cadre de notre reportage “Les phares : la fin d’un monde ?” en octobre 2016, nous avons passé du temps avec Michel Pottier, photographe vendéen qui a longtemps côtoyé les gardiens de phare du Pilier, du temps où l’éclairage maritime n’était pas encore automatisé. Dans son carnet d’ethnographie publié en 2008, il dévoile des témoignages d’anciens gardiens, dont vous trouverez quelques extraits ci-dessous.

Henri Drié, ancien gardien de phare, au Pilier de 1974 à 1984 :

On vivait très bien au Pilier, le gardien-chef c’était Monsieur Gervier. […] ah oui, ça, le Pilier c’était comme le paradis, on pouvait bouger.

Daniel Clouteau, ancien gardien de phare, au Pilier à partir de 1986 :

Le gardien descendant qui cédait sa chambre à l’autre qui montait avait intérêt à laisser le plancher ciré, le lit fait, les cuivres… n’en parlons pas ! Et les patins étaient indispensables. Alors, tout individu extérieur au phare avait intérêt à se plier, disons au règlement intérieur. Et ceux qui n’utilisaient pas les patins se faisaient rappeler à l’ordre aussitôt. […]

Depuis notre départ du phare du Pilier, le jour où il a été désarmé, c’est-à-dire vers le 18 avril 96, j’ai retrouvé quelques amis, soit Pornic ou ailleurs. Ils m’ont bien dit qu’ils ne fréquentaient plus le phare, du fait qu’il n’y avait plus cet accueil, ce relationnel entre les gens qui étaient sur place, c’est-à-dire entre les gardiens et les gens qui venaient de l’extérieur.

Maxime Durand, ancien des Phares et Balises :

Pour les gardiens de phares, le Pilier était un peu la récompense. Certains ont passé 20 ans de leur vie dans les phares en mer, où ils ne voyaient personne et à la fin de leur carrière on les envoyait au Pilier en disant ”bon ben ça y est ils commencent à approcher de la retraite on va les mettre au Paradis” !


Articles des Pharôdeurs :

Photographies : Kévin Hérieau et Gwenn Besson, octobre 2016.