“Les disparus du phare” : les abeilles sur la route du Cercueil

“Les disparus du phare” : les abeilles sur la route du Cercueil

Vous ai-je déjà dit que j’avais acheté plein de bouquins au Salon du Livre de Paris 2018 ? Et Dieu se leva du pied gauche et La 25ème Heure se déroulaient dans un passé plus ou moins lointain. Avec Les disparus du phare de Peter May, revenons au monde contemporain, et allons nous balader dans les îles écossaises…


Ce livre à la couverture ornée d’un phare sur un îlot rocheux surplombant une mer agitée a immédiatement attiré mon regard au Salon du Livre de Paris 2018. Il m’a fait pensé à l’île du Pilier, en Vendée, et je n’ai pas hésité longtemps avant de sortir mon portefeuille pour acquérir ce polar à teinte écossaise, qui m’a été dédicacé par l’auteur dans la foulée.

Ceci n'est évidemment pas un phare. Mais le château de Lews se situe sur l'île de Lewis, en Ecosse, où se déroule l'essentiel de l'intrigue des Disparus du phare. De quoi vous donner une idée de l'atmosphère qui règne dans le roman de Peter May...
Ceci n’est évidemment pas un phare. Mais le château de Lews se situe sur l’île de Lewis, en Écosse, où se déroule l’essentiel de l’intrigue des Disparus du phare. De quoi vous donner une idée de l’atmosphère qui règne dans le roman de Peter May…

Direction l’archipel des Hébrides, en Écosse, où trois gardiens de phare ont un jour disparu dans des circonstances mystérieuses. Dans Les disparus du phare, un polar de Peter May publié aux éditions du Rouergue, le lecteur suit un homme frappé d’amnésie, qui se réveille sur une plage de l’île de Lewis sans savoir où et qui il est.

Rejeté par les vagues, un homme reprend connaissance sur une plage. Il ignore où il se trouve et surtout qui il est. Seul affleure à sa conscience un sentiment de danger. Muni, pour seuls indices, d’une carte de la route du Cercueil qu’empruntaient jadis les insulaires pour enterrer leurs morts, et d’un livre sur les îles Flannan marquées par l’étrange disparition de trois gardiens de phare, il se lance dans une quête aveugle. Revenant à l’île de Lewis où il a situé sa trilogie écossaise, Peter May nous emporte dans la vertigineuse recherche d’identité d’un homme que sa mémoire perdue conduit droit vers l’abîme.

La couverture du roman de Peter May, "Les disparus du phare".
La couverture du roman de Peter May, Les disparus du phare.

La capacité à retranscrire une atmosphère, à décrire un lieu dans son ensemble, à donner l’impression au lecteur d’y être en personne, est un talent que j’admire particulièrement chez les écrivains. Peter May, avec Les disparus du phare, compte désormais parmi mes auteurs favoris, bien qu’il ne faille pas oublier de rendre grâce au traducteur, qui a su rester fidèle à la prose originale.

Les assauts continus du vent, le rythme incessant des marées, le caractère rugueux des habitants. Le décor de l’île isolée en pleine mer est omniprésent, et je n’ai eu aucun mal à me représenter visuellement les paysages écossais, sans avoir besoin de photos. Il suffit de quelques pages pour se sentir transportés dans l’univers du roman. Les descriptions sont belles, riches, poétiques.

Des personnages en quête d’identité

Lorsqu’il se réveille sur le sable d’une plage de l’île de Lewis, Neal Maclean ne sait pas qui il est. Son nom, il le connaît uniquement parce qu’une voisine l’a appelé en le voyant rentrer, trempé et transi de froid. La sensation d’un danger imminent lui glace les os, et colle à la peau du lecteur. Lentement, avec de maigres indices en main, il tente de rassembler les fragments de son identité, pour comprendre qui il est et ce qu’il fait ici, seul, sur un bout de terre en pleine mer au large de l’Écosse. La narration à la première personne du singulier renforce la proximité avec cet homme amnésique et livré à lui-même, auquel on finit invariablement par s’attacher. D’espoirs vains en fausses pistes, ses craintes et ses frustrations deviennent les nôtres.

Malgré le titre du roman, les “disparus du phare” ne sont qu’un élément anecdotique dans l’histoire. Ils sont le point de départ du livre que Neal Maclean écrit, et incarnent un mystère censé expliquer son séjour sur l’île de Lewis. Néanmoins, ils restent relégués à l’arrière-plan, à mon grand regret. Ils sont à la fois un prétexte à la présence de l’écrivain dans l’archipel des Hébrides, et un point de départ pour l’intrigue du polar.

Un aperçu des paysages de l'archipel des Hébrides, où se déroule le polar des Disparus du phare, en Ecosse, un pays amoureusement dépeint par l'auteur Peter May.
Un aperçu des paysages de l’archipel des Hébrides, où se déroule le polar des Disparus du phare, en Ecosse, un pays amoureusement dépeint par l’auteur Peter May.

Au fil du roman, on croise également Karen, une jeune fille de 17 ans qui vit à Édimbourg et a du mal à faire le deuil de son père. Le brusque changement de point de vue – on passe de je à elle – prend au dépourvu, mais on s’y habitue assez vite. Tout comme Neal, elle est en quête de sa propre identité, différemment certes, au travers de ses recherches pour comprendre ce qui est arrivé à son père, dont tout le monde croit qu’il s’est suicidé.

Les abeilles, au cœur des problématiques environnementales

La principale surprise des Disparus du phare, c’est que Peter May nous propose un roman axé sur un problème d’actualité : la disparition des abeilles. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler l’intrigue, mais vous allez en apprendre un rayon sur les néonicotinoïdes, et vous vous doutez qu’une multinationale commercialisant des pesticides mortels pour les abeilles sera mise en cause. Cette multinationale, néfaste pour l’environnement et les abeilles, est à l’origine de toute l’intrigue du roman…

La disparition des abeilles, menacées par les pesticides commercialisés par les multinationales : un sujet au coeur du roman "Les disparus du phare".
La disparition des abeilles, menacées par les pesticides commercialisés par les multinationales : un sujet au coeur du roman “Les disparus du phare”.

Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’originalité apportée par la problématique environnementale des abeilles à ce polar. Peter May étant journaliste télévisé en plus d’écrivain, il est très bien renseigné sur le sujet, et j’en ai appris beaucoup grâce à son livre. Qui rappelle aisément les controverses récurrentes autour de Bayer, Monsanto, le glyphosate… L’histoire de Neal Maclean est très facile à imaginer dans notre monde. Et ça fait froid dans le dos, pour l’avenir des abeilles et, par extension, de l’humanité.

Bref, Les disparus du phare sont un très beau roman, que je vous conseille vivement. D’une part, pour sa plume poétique, la beauté des paysages imaginés, et le plaisir de s’immerger dans une atmosphère oppressante très bien reconstituée. D’autre part, pour se sensibiliser à la problématique des abeilles, et réfléchir sur les multinationales qui tuent sciemment celles sans lesquelles nous pourrions vite mourir de faim.

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