L’histoire des phares

L’histoire des phares

Les sirènes du port d’Alexandrie
Chantent encore la même mélodie
La lumière du phare d’Alexandrie
Fait naufrager les papillons de ma jeunesse

Vous avez sûrement déjà entendu cette fameuse chanson, Alexandrie Alexandra. Loin de nous l’idée de vous en mettre la mélodie dans la tête (et si c’est le cas, nous vous prions d’accepter nos plus plates excuses), mais ce n’est pas pour rien que nous y faisons référence. Vous avez repéré le mot phare ? Gagné !

Mais qu’est-ce qu’il a de particulier, le phare d’Alexandrie ? Eh bien, il est le point de départ de l’histoire des phares…

Le phare d'Alexandrie.

Remontons le temps jusqu’en 300 avant Jésus-Christ. Au large de la ville d’Alexandrie, en Égypte, le général macédonien Ptolémée Ier fit construire une immense tour sur l’île de Pharos. Celle-ci dominait la côte et offrait un point de repère aux marins.

Ce monument, désormais aussi célèbre que la bibliothèque d’Alexandrie et la tombeau d’Alexandre, était considéré comme la 7ème merveille du monde. Les historiens et archéologues estiment qu’il culminait à plus de 100 mètres de hauteur, et qu’on le voyait à 50km à la ronde. Il fut fragilisé puis détruit par une série de tremblements de terre au 14ème siècle. Aujourd’hui encore, il est emblématique de la ville d’Alexandrie, et figure sur son drapeau.

Vous l’aurez compris : c’est de l’île de Pharos, en face d’Alexandrie, que vient le mot phare.


Encore un peu d’histoire…

Les premiers phares apparaissent dès l’Antiquité grecque et romaine. Ce sont de simples feux, allumés en haut de tours ou en altitudes, qui signalent les côtes et les entrées des ports. Au Moyen-Âge, de nouvelles tours à feux sont construites et accompagnent le développement de cités portuaires influentes. Il n’est pas rare que les feux soient entretenus par des militaires ou des religieux en échange d’un droit de bris accordé par les seigneurs, comme c’est le cas avec la tour de l’abbaye de Saint-Mathieu, en Bretagne.

Les procédés d’éclairage connaissent de nombreuses évolutions au fil des siècles : feux de bois, lampes à huile avec réflecteur, multiplication des mèches, installation de miroirs paraboliques, gaz, pétrole… Les phares exigent tellement de ressources et d’études que le service national des phares et balises est créé en 1806.

La lentille de Fresnel, qui permet de décupler les rayons de l'ampoule. Photo : Gwenn Besson
La lentille de Fresnel, qui permet de décupler les rayons de l’ampoule. Photo : Gwenn Besson

L’un des changements les plus remarquables est la lentille de Fresnel, de l’ingénieur et physicien français Augustin Fresnel. Elle permet de démultiplier et augmenter considérablement la puissance lumineuse d’un simple feu. Installée en 1823 sur le phare de Cordouan, qui est actuellement le plus ancien phare français encore en activité, elle reçoit un accueil enthousiaste des marins, et donne lieu à un vaste programme d’éclairage des côtes françaises en 1825. Plus d’une cinquantaine de phares sont construits dans la première moitié du 19ème siècle.

C’est en Angleterre qu’est amorcé le mouvement d’électrification des phares, dans la seconde moitié du 19ème siècle. L’ingénieur français Léonce Reynaud s’y intéresse, mais l’électrification se fait lentement, pour des raisons de coût. D’autant plus que le gaz de pétrole et les progrès des installations lumineuses concurrencent les systèmes électriques en raison de leur prix, bien moindre.

Quoi qu’il en soit, les phares doivent être habités pour allumer, éteindre, entretenir et réparer les brûleurs. Mais les phares en mer sont difficiles d’accès, et le service des phares et balises cherchent des solutions pour les contrôler depuis la terre. Dans le dernier tiers du 20ème siècle, la plupart des phares de France sont désormais électrifiés et automatisés, la plupart du temps alimentés par des éoliennes et des panneaux solaires, et télé-contrôlés depuis le continent.

Emblème du service des Phares & Balises. Saint-Nazaire. Photo : Gwenn Besson
Emblème du service des Phares et Balises, qui contrôle désormais les phares à distance. Saint-Nazaire. Photo : Gwenn Besson

Les derniers gardiens de phare ont quitté les édifices dans les années 1990, pour la plupart. Si l’automatisation a permis de ne plus envoyer des hommes dans des endroits isolés et d’éviter les relèves dangereuses, elle a apporté avec elle d’autres problématiques. Parmi elles, la plus récurrente concerne l’entretien des phares en tant que patrimoine : de nombreux édifices sur le continent sont heureusement entretenus et ouverts au grand public, mais certains phares historiques, comme Ar-Men, la Vieille ou Kéréon, sont désormais livrés à eux-mêmes. Seuls les techniciens des phares et balises viennent occasionnellement s’occuper du système d’éclairage. La Société nationale pour le patrimoine des phares et balises (SNP) cherche depuis 2002 à alerter les pouvoirs publics sur l’état de dégradation du patrimoine maritime, et notamment des phares en mer.


Le départ des gardiens de phare fut d’ailleurs tout l’objet de notre reportage en octobre 2016…

Les phares, la fin d’un monde ? À lire en cliquant ici.