Rencontre avec Emilien Delcour, compositeur et « dictateur musical »

Rencontre avec Emilien Delcour, compositeur et « dictateur musical »

Musicien et compositeur autodidacte, Emilien Delcour est polyvalent et touche à de nombreux instruments, plus ou moins conventionnels. Il a notamment composé la bande-son de la websérie comico-médiévale Le Comte de Castelbajac et plusieurs reprises de musiques de films et jeux vidéos. Rencontre avec celui qui se définit non sans humour comme un « dictateur musical ».

Longs cheveux châtain, chemise blanche et veste noire : si l’habit ne fait pas le moine, il lui va bien, et on l’imagine sans mal dans la peau d’un musicien. Pourtant, c’est autour de la littérature que se porte notre discussion lorsqu’il découvre les multiples livres entassés dans mes modestes mètres carrés parisiens. On évoque les grands maîtres, Hugo, Zola, avant de se souvenir qu’on doit parler musique.

Un instrumentiste autodidacte et polyvalent

Autodidacte depuis la fin du collège, Emilien Delcour a d’abord commencé avec la guitare, comme beaucoup. C’est un peu « le cliché de l’adolescent avec sa guitare », reconnaît-il, amusé. « C’est un ami qui m’a mis la guitare dans les mains, qui m’a appris 2-3 trucs, après je me suis débrouillé tout seul. La guitare, ça a l’avantage de pouvoir s’apprendre assez facilement avec le système de tablature. »

Emilien Delcour jouant de la guitare

Rapidement, il expérimente la basse ainsi que le piano. « C’est assez particulier, parce que je n’ai pas un bon niveau de piano, explique-t-il. C’est juste que je m’en suis beaucoup plus servi comme un outil pour la composition que comme un véritable instrument à part entière. »

Mais il ne se limite pas aux instruments conventionnels. Sur sa chaîne YouTube, où il publie essentiellement des reprises de musiques de films et de jeux vidéos, il joue sur une sorte de table avec des cordes frappées à l’aide de marteaux. C’est ce qu’il appelle un hammered dulcimer. C’est un modèle thaïlandais, « même si je préfère l’irlandais », précise-t-il, ajoutant qu’il l’a découvert grâce à la musique irlandaise, dont il est friand.

N’étant pas seulement un « cordiste », il se met aux instruments à vent avec le shinobue, une flûte traditionnelle japonaise en bambou, et le hulusi, constitué de trois tubes et qui vient de Chine. C’est grâce au shinobue qu’Emilien Delcour aborde la flûte traversière en apprenant à maîtriser sa respiration : auparavant, il n’avait « jamais réussi à en sortir un son ».

Dans cette reprise de la musique d’un jeu vidéo finlandais, Emilien joue à la fois du hammered dulcimer, du shinobue et du hulusi, en plus du piano, de la guitare et de la basse.

Autour de la composition de musique de film

Emilien Delcour se plonge assez tôt dans les méandres de la composition. Au lycée, lui et un ami ont pour projet de faire un film d’animation. Qui n’aboutit pas, puisqu’ils ont « les yeux plus gros que le ventre », mais il fait ses premières armes seul, sur un logiciel similaire à Guitar Pro. Ambitieux, il se lance directement dans la musique orchestrale en composant une quinzaine de morceaux. Aujourd’hui, en éternel insatisfait, il estime que c’est « de la merde » et les conserve bien enfouis sur un disque dur.

« À l’époque, je n’avais aucune notion théorique, j’écrivais vraiment à l’aveugle »

Issu d’un bac S et décidé à devenir scientifique, il change de plan pour se tourner vers la musique. En partie parce que « la guitare était devenue plus importante ». Il quitte Lille – « Je t’interdis de dire que je suis ch’ti ! » lance-t-il en aparté – et s’installe à Paris pour intégrer une formation de réalisation sonore dans une école de cinéma. Un cursus polyvalent où, pendant 3 ans, il apprend aussi bien la prise de son sur un tournage que la composition de musique pour l’image et la lecture de partition.

Aujourd’hui, il a le statut d’auteur, qui regroupe aussi bien les écrivains que les compositeurs. Il est également membre de l’UCMF (Union des compositeurs de musique de films), association qui lui a permis de rencontrer et apprendre auprès d’autres professionnels. Ainsi, il a, ces dernières années, composé la musique originale de nombreux projets, dont plusieurs courts-métrages : Punk de Jérémy Prudent en 2014, Le petit parapluie rouge et Souvenirs qui devraient sortir prochainement…

Et ses projets en cours ? Emilien Delcour travaille actuellement sur la musique d’un mini-documentaire sur la salsa, One Rueda. Bien qu’il soit essentiellement spécialisé dans la composition de musique de film, il reste polyvalent et collabore en ce moment avec un compositeur finlandais sur la musique originale d’un jeu vidéo.

Compositeur du Comte de Castelbajac, une web-série comico-médiévale

La musique du Comte de Castelbajac a été composée par Emilien Delcour. Cette web-série comico-médiévale a été réalisée par des amateurs à Blain, dans la région de Nantes, avec un budget serré. Elle raconte l’histoire d’un personnage purement fictif. Brièvement résumé, ça donne « le comte de Castelbajac est envoyé en mission suicide par le roi car il a fait des saloperies avec la reine ». Pour le reste, il faut regarder les 10 épisodes.

Teaser du Comte de Castelbajac, dont la musique a été écrite par Emilien Delcour.

« C’est le projet qui m’a pris le plus de temps et dans lequel je me suis énormément impliqué. » Mis en relation avec le réalisateur et acteur principal grâce à un ami commun, il propose ses services de compositeur. « Ils m’ont demandé une petite démo, ça leur a plu, et la machine s’est mise en marche. » Pendant près de 6 mois, il compose au fur et à mesure que sont produits les épisodes, pour au total plus d’une heure de musique.

Jamais content, il considère toujours qu’il aurait pu faire mieux. Faute d’orchestre sous la main, le son est produit par ordinateur. « On fait beaucoup ça de nos jours », assure-t-il. Par la suite, il reprend le thème musical de la série et en fait une petite chanson, La complainte de Castelbajac, où on l’entend chanter. Bien qu’elle soit particulièrement agréable à écouter, il rappelle qu’il n’est pas chanteur et préfère « écrire qu’interpréter ».

On peut écouter quelques unes des compositions d’Emilien Delcour sur SoundCloud. Ce sont essentiellement des musiques de film, même si « sans l’image, c’est moins intéressant ».

Ses inspirations sont multiples selon ce qu’il compose. Les grands compositeurs de musiques de films sont des références incontournables, tels que Joe Hisaishi, John Williams et Ennio Morricone. Côté jeux vidéos, la liste est interminable, mais il cite notamment Mario et Zelda, dont l’influence se fait souvent ressentir dans certains morceaux. « Je pense qu’au bout d’un moment, ce qu’on aime se retrouve, même si c’est inconsciemment, c’est toujours un peu en toi », explique-t-il avec justesse.

Il faut également souligner son intérêt pour le rock progressif. Un genre de musique qu’il apprécie particulièrement, du fait de sa souplesse et de ses expérimentations aussi bien au niveau du rythme que des harmonies ou des couleurs musicales. On peut par exemple y retrouver des influences orchestrales, jazz, folk… une « véritable mine d’or de ressources ». Parmi ses artistes favoris, on peut citer Ayreon et Steven Wilson.

Un dictateur musical qui joue de la guitare comme on jouerait du piano

Son instrument de prédilection ? La guitare. C’est avec elle qu’il a commencé la musique. Il précise qu’il préfère la guitare classique en raison des arpèges, qui permet d’entendre toutes les harmonies, ainsi que la basse et la mélodie. Le son est très doux, fluide, « ce qui permet de jouer de la guitare comme on jouerait du piano ». Sa reprise du Roi et l’Oiseau en donne une assez bonne idée…

Le Roi et l’Oiseau, reprise par Emilien Delcour à la guitare classique. Les arpèges rappellent le son du piano.

Bref, vous l’aurez compris – enfin j’espère –, Emilien Delcour est un compositeur. Lorsque je lui demande s’il n’aimerait pas être parfois musicien dans un groupe, il y a un petit temps de réflexion avant qu’il ne me réponde. « Le problème quand t’es dans un groupe, c’est que c’est un peu une démocratie, tout le monde doit valider. Moi, je me vois plus comme un dictateur musical. Si je compose un morceau, je n’aime pas que des gens disent “ouais, nan, on va plutôt faire comme ci, comme ça.” »

Et jouer dans un orchestre, où le chef choisit les morceaux et où les musiciens jouent leur partition sans broncher ? Eh bien… « Quitte à interpréter quelque chose, j’aime autant que ce soit de moi. Même les reprises sur Youtube, c’est à ma sauce. Après, jouer les trucs d’autres personnes, oui, pourquoi pas… Mais je n’ai pas un niveau de musicien classique pour jouer en orchestre. » N’allez pas croire pour autant qu’il est fermé au travail avec des confrères !

En somme, il préfère mener ses propres projets, tout comme Ayreon et Steven Wilson. En référence à la notion de « démocratie » dans un groupe de musique, il ajoute, rieur, que si un jour il compose un album, il écrira dans les crédits « Dictateur musical : Emilien Delcour ».

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