Notre Dame de Paris enchante le Zénith Nantes Métropole

Notre Dame de Paris enchante le Zénith Nantes Métropole

Quasimodo (Angelo Del Vecchio), Frollo (Daniel Lavoie) et Phœbus (Martin Giroux) chantent <em>Belle </em>autour d'Esmeralda (Hiba Tawaji) © Notre Dame de Paris
Quasimodo (Angelo Del Vecchio), Frollo (Daniel Lavoie) et Phœbus (Martin Giroux) chantent Belle autour d’Esmeralda (Hiba Tawaji) © Notre Dame de Paris

Le spectacle Notre Dame de Paris, inspiré du roman de Victor Hugo publié en 1831, est le résultat de l’étroite collaboration entre Luc Plamondon (Starmania) et le compositeur Richard Cocciante. Alors que la France est en froid avec les comédies musicales, Notre Dame s’impose tel un phénomène culturel incontournable dès sa première mondiale à Paris en 1998. Le succès qui en découle durant les deux décennies suivantes est vertigineux avec plus de 4 300 représentations à travers les vingt pays visités, près de douze millions de spectateurs et 8 adaptations en langues étrangères. Bien que la réputation de l’œuvre ne soit plus à faire aujourd’hui, celle-ci aurait pu ne jamais être produite. En effet, Cocciante a récemment confié au site La Montagne que « beaucoup n’en voulaient pas, ils avaient peur du sujet. »

Le reflet de la vilenie de l’Homme

Loin d’être édulcoré comme Le Bossu de Notre Dame issu des studios Walt Disney, le spectacle conserve une tonalité plus fidèle à sa source. La trame principale se déroule alors sur un fond ancré de sexualité, de religion, d’immigration et de racisme, qui sont des sujets tout aussi clivants qu’intemporels. Bohémienne sensuelle, Esmeralda en est le pivot central. À la fois objet du désir et de superstition, elle est l’outil permettant de dévoiler la férocité et la bassesse dont l’Homme est capable.

Les chansons brillent par leurs paroles crues mais terriblement révélatrices : « J’avais refoulé tout au fond de mon être / Cette force du sexe étouffé dans mon adolescence / Je n’avais que deux maîtresses, la religion et la science », confesse Frollo dans Être prêtre et aimer une femme. Victime de pulsions qu’il est incapable de refouler, la gitane l’obsède jusqu’à lui faire perdre raison et le poussant au chantage. Cette dernière doit choisir entre lui donner son corps ou trouver la mort. La religion se trouve ainsi viciée, et l’horreur de la situation n’en est que plus flagrante.

Phoebus (Martin Giroux) et Fleur-de-Lys (Alizee Lalande) se promettent l'un à l'autre lors de Ces diamants-là © Notre Dame de Paris
Phœbus (Martin Giroux) et Fleur-de-Lys (Alizee Lalande) se promettent l’un à l’autre lors de Ces diamants-là © Notre Dame de Paris

Concernant Phœbus, Esmeralda n’est autre qu’un fantasme à caractère sexuel. Pourtant destiné à Fleur-de-Lys, il clame dans Déchiré qu’il en souhaite « Une pour le jour / Et l’autre pour la nuit / L’une pour l’amour Et l’autre pour la vie / L’une pour toujours Jusqu’à la fin des temps / Et l’autre pour un temps / Un peu plus court. » Le chef des archers du roi est l’exemple même du prédateur, de l’homme à femmes. Il n’hésite pas à ordonner la pendaison de la zingara pour cause de sorcellerie afin de reconquérir le cœur de sa fiancée. Fleur-de-Lys, quant à elle, mêle métaphores et obscénités, trahissant son jeune âge et son inexpérience dans La Monture : « Délivre-moi de ma ceinture / Viens en moi petite ordure / Apprends-moi l’art de la luxure. » C’est également dans ce titre que la demoiselle prend une toute autre dimension. À l’âme vengeresse, elle est bien loin de l’image qu’elle renvoie, habillée de sa robe rose connotant l’innocence. L’exécution d’Esmeralda est l’unique condition pour que Phœbus obtienne le pardon de ses péchés, lui qui était sous les charmes de la bohémienne.

Le rejet de l’autre occupe une place centrale dans Notre Dame de Paris, et ce, sous différents motifs. Les « sans-papiers » sont exclus de la société de par leurs origines, tandis que Quasimodo est destiné à la solitude à cause de son physique jugé horrifique. La Fête des Fous est une célébration terrible, où la violence symbolique atteint son paroxysme : « Choisissez le plus laid / Parmi les gens qui passent / Faites-les parader / Au milieu de la place. » Clopin et Esmeralda envoient tous deux des appels à la tolérance à travers des paroles telles que « Comment faire un monde / Où il n’y aurait plus / D’exclus ? / Comment faire un monde / Sans misère / Et sans frontières ? » et « Fais tomber les barrières entre nous / Qui sommes tous des frères. » Il s’agit de véritables odes à la tolérance et à la générosité. Cet écho indéniable avec l’actualité insuffle un caractère éternel au spectacle musical de Plamondon et de Cocciante.

Clopin (Jay) nous invite à la Cour des miracles © Notre Dame de Paris
Clopin (Jay) nous invite à la Cour des miracles © Notre Dame de Paris

Le spectacle des miracles

Difficile de s’étonner en apprenant que Notre Dame de Paris repart sur les routes dans une version actualisée dix-neuf ans après sa création. Le vendredi 13 octobre 2017, la troupe se prépare pour sa première des quatre représentations au Zénith de Nantes Métropole, à Saint-Herblain, en Loire-Atlantique. Au quatrième rang, du côté gauche de la scène d’après le point de vue des spectateurs, l’impatience me guette alors que les minutes nous séparant de l’heure de lancement peinent à s’écouler. Face à nous : un rideau opaque imitation pierre, et plusieurs palettes empilées les unes sur les autres. Dissimulé, le décor s’étendant sur toute la longueur de l’espace représente la façade de la cathédrale. D’apparence relativement simple, elle se révélera être une construction ingénieuse constituée de multiples blocs mouvants et détachables, grâce auxquels nous devons la mise en scène de Vivre. Grâce au savoir-faire de l’équipe, l’apparence sobre de Notre Dame de Paris se voit tantôt sublimée par l’ambiance tamisée des multiples bougies au cours d’Ave Maria Paien, tantôt menaçante lorsque que la silhouette encapuchonnée de Frollo rôde dans les étages.

Quasimodo (Angelo Del Vecchio) durant le titre Les Cloches © Notre Dame de Paris
Quasimodo (Angelo Del Vecchio) durant le titre Les Cloches © Notre Dame de Paris

Les cascades, ainsi que les chorégraphies imaginées par Martino Müller, donnent elles aussi vie à l’histoire et permettent de renforcer les émotions dégagées par les chansons. Elles confèrent par exemple un incroyable dynamisme et de la gaieté lors de la Fête des Fous, avant d’instaurer un sentiment d’emprisonnement et de mal-être avec l’utilisation des barrières de sécurité pendant L’attaque de Notre Dame. Tout est parfaitement chronométré et dirigé. Le tableau qui m’a le plus impressionné est celui utilisé durant titre Les cloches. Le travail de mise en scène est à couper le souffle ! Le jeu de lumières est aussi à saluer, offrant des contrastes saisissants et accentuant la beauté des décors et des costumes. Tout en étant revisités, ces derniers restent fidèles à ceux portés durant la version originale. La volupté et la mouvance de la robe aux divers tons de vert d’Esmeralda met en valeur la silhouette de son interprète Hiba Tawaji. Autre pièce ayant retenu mon intention : l’habit de Gringoire et ses multiples couleurs qui sont à l’image de la fantaisie du personnage. Il existe bel et bien une tenue ayant connue des modifications majeures : celle de l’archidiacre. Autrefois sobre, son étole est désormais décorée de motifs clairs soulignant ses cheveux blancs, le rendant d’autant plus imposant et menaçant.

Lorsque des rôles et des voix ont été assimilés par plusieurs générations, la difficulté est de parvenir à imposer de nouveaux talents. C’est le défi majeur auquel Richard Cocciante et Luc Plamondon ont été confrontés. En parfait exemple du spectateur réticent, je craignais de ne pouvoir me distancer du premier casting. Mes doutes se sont envolés dès le refrain du titre Le Temps des cathédrales par Richard Charest (Gringoire), qui parvient à rendre hommage au chant de Bruno Pelletier tout en s’appropriant le titre. La première apparition de Daniel Lavoie (Frollo) fut un des moments phares de la soirée. Son charisme et sa puissance vocale sur scène ne sont en rien comparables avec la retranscription fournie par les VHS et les DVD datant d’une quinzaine d’années ! Ce fut un réel bonheur de l’apercevoir en chair et en os, d’autant plus avec une telle proximité.

Difficile d’imaginer la pression qu’a pu ressentir Hiba Tawaji lorsqu’elle a endossé le rôle culte de la bohémienne. Pourtant, elle s’en sort avec brio puisqu’elle nous émeut tout autant avec Vivre qu’elle nous amuse avec son interprétation de la gitane taquine et désinvolte au cours de l’acte I. Son physique flatteur sert à merveille la séduction dont son personnage fait preuve. Le reste de la troupe est tout aussi bien choisi. Martin Giroux (Phœbus) impressionne lors de Déchiré, Angelo Del Vecchio (Quasimodo) attendrit en exprimant la souffrance de son personnage à travers ses textes et son jeu, Jay (Clopin) a le rythme dans la peau et Idesse glace le sang par la froideur de Fleur-de-Lys alors qu’elle entonne La Monture.

Clopin (Jay), Esmeralda (Hiba Tawaji) Quasimodo (Angelo Del Vecchio) lors de Libérés © Notre Dame de Paris
Clopin (Jay), Esmeralda (Hiba Tawaji) Quasimodo (Angelo Del Vecchio) lors de Libérés © Notre Dame de Paris

La représentation s’est clôturée par une surprise de taille : la venue de Richard Cocciante qui nous remercie de notre soutien. Après avoir présenté le chorégraphe Martino Müller à la salle, le compositeur italien se met à chanter Vivre a cappella. Cet instant de complicité achevé, la troupe s’est retirée sous un tonnerre d’applaudissements. Ces deux heures furent un véritable enchantement, comme en témoignent aussi les différents avis élogieux récoltés dans un second article. Plus que jamais, Notre Dame de Paris a convaincu qu’il fait partie intégrante de ces diamants-là.

Une réaction au sujet de « Notre Dame de Paris enchante le Zénith Nantes Métropole »

  1. Juste analyse, qui donne envie de se replonger dans cette superbe comédie musicale ! Je ne connaissais pas du tout Hiba Tawaji et son interprétation de “Vivre” est sublime ! Je n’imagine pas sur scène ! Moi qui suis une inconditionnelle de Bruno Pelletier (<3), j'ai tout de même hâte d'entendre la version du nouveau Gringoire ! (*w*)

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