Escape Game Nantes : l’envers du décor

Escape Game Nantes : l’envers du décor

Cet entretien a été réalisé dans le cadre d’un documentaire audio pour un cours en master 1 Information-Communication.

– Alors, détectives, est-ce que vous savez pourquoi vous êtes là ?
– Pour résoudre une enquête ?
– Exactement. Il s’avère qu’aujourd’hui, une femme est venue nous voir et nous a expliqué que son mari avait disparu depuis deux mois. Il s’appelle Arthur, il est disciple alchimiste. Son maître à penser s’appelle Hermès.

Un coffre, un cadenas, un code : telle est la base de l’escape game. En plein essor depuis 2014, ce phénomène prolifère dans les villes de France avec selon escapegamefrance.fr pas moins de 248 lieux dédiés à ce jeu d’évasion grandeur nature, donc 5 à Nantes. Parmi ces derniers, The Escape Hunt Experience a ouvert ses portes en octobre 2016. Rencontre avec Enguerran, l’un des deux propriétaires.

Les deux propriétaires de l'Escape Hunt de Nantes : Ulric (gauche) et Enguerran (droite). Photographie : Ulric et Enguerran
Les deux propriétaires de l’Escape Hunt de Nantes : Ulric (gauche) et Enguerran (droite). Photographie : Ulric et Enguerran

Est-ce que vous pouvez nous expliquer le principe de l’escape game ?

Le principe fondamental de l’escape game, c’est d’être enfermé dans une pièce et d’avoir un temps imparti pour s’en échapper, tout en résolvant une énigme ou une grande enquête, en collectant des indices, en activant des mécanismes, et tout ça en équipe. C’est la condition sine qua non d’un escape game.

 

Un thème, un scénario, des énigmes

 

Comment on s’y prend pour monter un escape game ?

Comment font les autres, c’est une bonne question. En tout cas, comment on a fait avec Ulric [qui a monté l’entreprise avec Enguerran], tout a été fait à la main. Pour les scénarios, ça a été un travail de réflexion de longue haleine, qui a duré plus d’un an pour la conception des scénarios, donc de l’histoire, du choix de la décoration, et ensuite l’aménagement sur le site. Tous les deux, puis avec quelques personnes qui sont passées nous aider.

Comment est-ce que vous avez élaboré les scénarios ?

Quelques nuits blanches, beaucoup de brain storm entre nous. Au début, on voulait des thèmes locaux, et on voulait un thème plus généraliste, donc en l’occurrence Le mystère de la pierre philosophale. C’est le thème plus généraliste et pas forcément ancré sur le territoire. Mais pour l’élaborer, on a établi une grande liste de thèmes qui nous tenaient à cœur, et on a fait quelques sondages auprès de nos proches, nos amis, puis des personnes de plus en plus éloignées pour avoir un avis un peu juste sur la société, et c’est un des thèmes qui est ressorti en high light.

Une machine à écrire dans un décor à la Sherlock Holmes. Photographie : Kévin Hérieau
Une machine à écrire dans un décor à la Sherlock Holmes. Photographie : Kévin Hérieau

Après, la conception a été faite au fil de l’eau. On construit et le scénario, et les énigmes, et ensuite, l’idée d’aménagement qu’on va avoir de la room, en même temps. Tout ça va de paire, c’est une émulsion permanente pendant quelques mois jusqu’à ce qu’on se retrouve à peindre les murs et monter les meubles.

Et pour tester une salle ?

Ça passe par plusieurs étapes. Il y a la conception théorique, où là, on se dit que tout va très bien, c’est comme ça que ça va se passer, c’est jouable en une heure. Et après, il y a la réalité. Pour s’y confronter, on a plusieurs étapes. La première, c’est l’alpha-test. Ulric et moi, on teste nos salles. C’est limité, on les connaît donc c’est facile pour nous de sortir, a priori.

Ensuite, il y a la bêta-test, donc on engage nos proches, la famille, les amis, qui jouent dans nos salles. C’est évidemment la version pas finie de la room à ce moment-là. On fait les aménagements nécessaires. Et ensuite, on continue la bêta-test avec des personnes de plus en plus éloignées : les amis d’amis, les amis d’amis d’amis, ou la famille des amis d’amis. Ça permet d’être plus juste, d’avoir un regard un peu neutre sur le fonctionnement de la room en elle-même.

Et ensuite, une room, elle vit, elle n’est pas figée, elle évolue au fur et à mesure du temps, avec les groupes qui passent. Il y a des choses qu’on ne peut pas prévoir, donc on doit faire des aménagements de temps en temps. Le scénario, lui, ne change pas, il lie toutes les énigmes entre elles. C’est plutôt des aménagements sur les énigmes qui vont faire l’ensemble de l’enquête, donc des détails, quels indices on va mettre en valeur, quels indices on pourrait éventuellement supprimer si la room est trop simple, quel élément de décor on peut rajouter pour enrichir un peu l’expérience.

 

Le travail d’équipe, une condition primordiale

 

Quel était le public visé ?

Notre cœur de cible, quand on a élaboré notre projet, c’étaient plutôt des personnes CSP+ [catégories socio-professionnelles favorisées : chefs d’entreprises, artisans et commerçants, cadres, professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires], des jeunes actifs, des entreprises… mais on se rend compte qu’en fait on accueille tout le spectre social. On accueille des collectivités dans le cadre d’animations jeunesse, des entreprises, des jeunes actifs, des personnes en recherche d’emploi, des étudiants… et c’est un vrai plaisir, parce qu’avec Ulric on est issus du milieu de l’association.

On faisait jouer les jeunes à l’époque, on enseignait la moto-cross pendant des années. Quand on a dit « maintenant on va faire jouer les adultes », on s’est à moitié trompés, parce qu’au final on fait jouer tout le monde, et c’est un vrai plaisir. De voir des familles également, des familles monoparentales qui se retrouvent le week-end, ou des grand-mères avec leurs petits-enfants…

On pensait que ce serait des personnes qui ont entre 20 et 30 ans, mais on accueille énormément de personnes qui sont dans des entreprises depuis très longtemps, qui ne connaissent pas le loisir, qui en ont un peu marre du bowling, du karting, même si ça reste des activités très agréables, mais elles ont envie de découvrir autre chose. Donc à l’initiative des salariés ou des entreprises, elles se lancent pleinement dans notre aventure.

L’un des principes de base de l’escape game est le travail d’équipe. Vous pouvez nous en dire plus ?

C’est vrai que pour nous, la cohésion c’était important, déjà de par notre bagage socio-culturel, mais l’escape game, c’est clairement ça. Dans nos salles, par exemple, techniquement, on ne peut pas sortir seul. Je ne veux pas effrayer tout le monde avec un bouton d’urgence, mais si on suit l’énigme seul, on ne peut pas sortir, donc c’est le travail d’équipe qui prime, et en plus de ça, la complémentarité de l’équipe. On voit que les équipes qui sortent le plus sont les amis qui se connaissent très bien, qui ont des parcours différents. C’est eux qui cassent les chronos en général.

Les Pharôdeurs et un ami se prennent au jeu. Photographie : un employé de l'Escape Hunt
Les Pharôdeurs et un ami se prennent au jeu. Photographie : un employé de l’Escape Hunt

Là où l’entreprise s’y retrouve, c’est que cela permet de rallier des groupes qui parfois ne se connaissent pas, ou qui se connaissent mais qui ont des difficultés de compréhension et de communication, ou tout simplement pour s’insérer dans leur démarche continue de bien-être au travail. Et ce loisir reste très sain : on pose les écrans, les tablettes, les ordinateurs, on se retrouve pendant une heure à devoir parler dans un but commun, extérieur, qui est celui de sortir.

 

Des joueurs, un maître de jeu

 

Le maître de jeu regarde les joueurs, qui sont filmés, évoluer pendant l’enquête. Quel est son rôle ?

Le game master est là pour fluidifier l’expérience. Il n’est pas indispensable : nos énigmes se sont déjà vues résoudre sans game master. C’est rare, bien sûr, ce sont des groupes qui ont déjà fait plusieurs escape game, qui sont habitués aux jeux de plateau, aux jeux de rôle. L’escape game, à l’heure actuelle, c’est un loisir qui est nouveau, on vient souvent pour la première fois. En tout cas, chez nous, on accueille énormément de personnes qui viennent pour la première fois, donc on a aussi une visée pédagogique, mine de rien, et on ne s’en détache absolument pas.

Notre objectif avec Ulric, c’est d’accompagner le joueur. À l’heure actuelle, je ne connais pas les enseignes de Nantes, mais quand on va jouer au bowling, on met une paire de chaussures, on joue, et on part. On a pu s’amuser, on a pu jouer, on a pu perdre, on a pu gagner, peu importe, mais on n’a pas appris comment jouer au bowling.
On voulait quelque chose de différent. On voulait que le joueur, une fois qu’il a fini sa partie, puisse rebondir, qu’il puisse se dire la prochaine fois « maintenant j’ai des clefs : je sais qu’il faut bien fouiller, je sais qu’il faut communiquer, je sais qu’il y a quelques petites astuces à mettre en place », pour que la prochaine fois, que ce soit chez nous ou chez un confrère, son expérience soit encore meilleure que la première.

Le travail du game master n’est pas un peu répétitif ?

C’est une des choses qu’on avait anticipées, et on se rend compte qu’en fait, pas du tout. L’humain a des réactions formidables, des fois il déploie des solutions… qui ne marchent pas, mais qui sont tout aussi incroyables, et il y a effectivement des choses qui se répètent. Il y a des schemes qui se mettent en place, des process qu’on ne comprend pas forcément mais qui se répètent.

Mais chaque équipe est différente, chaque groupe est différent, et c’est ce qui fait la beauté de l’escape, ce qui fait que certains sortent, certains ne sortent pas, certains vont plus loin que d’autres, certains ouvrent des énigmes en quelques secondes là où pour certains il leur faut une demi-heure… c’est assez formidable.

Avec Ulric, on se détache un peu du game mastering, même si on en fait régulièrement, mais on voit que les game masters sont passionnés. Ils sont amusés, parce que c’est quand même drôle de voir des gens peiner sur des cadenas, mais on est de vrais cheerleaders à vous suivre. On a tellement envie que tout le monde sorte de nos salles, et c’est peut-être la chose la plus dure pour le game master, c’est de ne pas trop aider. Tout comme d’aider suffisamment, d’ailleurs. C’est trouver la juste présence du game master dans l’enquête. Mine de rien, c’est juste un irrégulier de Sherlock Holmes, il est là pour remettre sur le fil, mais il n’en sait pas plus que les enquêteurs dans la salle.

Qu’est-ce qui permet de trouver ce juste milieu ?

C’est l’expérience, et un peu la sensibilité humaine. C’est pour ça qu’on a choisi une équipe de collaborateurs qu’on a recrutés à temps plein, parce qu’on voulait des personnes qui soient là régulièrement, qui suivent notre aventure, qui s’y investissent, et qui comprennent les impératifs de notre fonctionnement. Mais c’est vrai que c’est marcher sur un fil en permanence.

On le voit, l’humain se révèle très vite dans nos salles. En un quart d’heure, on met en place nos propres capacités. On doit les mettre en exergue pour sortir, parce que l’impératif est très fort : vous êtes enfermés, donc il faut s’échapper. Et pour s’échapper, on va faire tout ce qu’on peut personnellement pour le faire. Et comme on n’a pas d’autre outil que notre cerveau, on va exploiter tout notre cerveau à fond.

Ceux qui sont énervés vont être encore plus énervés, ceux qui sont calmes vont être très calmes. C’est quelque chose qui est très fort, et le game master voit ça d’un point de vue extérieur. C’est une vision de haut qui lui permet de prendre un peu de recul et de relancer plus facilement les équipes.

 

Une année de réflexion à partir d’un carton de pizza

 

Quel a été votre parcours avant de monter un escape game ?

Avec Ulric on a travaillé dans l’animation socio-culturelle pendant près de 10 ans ensemble. On enseignait la moto-cross, on avait d’autres activités ludiques à côté de Carcassonne. Pour ma part, je suis très vite parti en psychologie clinique à Montpellier, puis à SOS Médecins, à Bordeaux. Ensuite, je suis allé à l’étranger faire de la photographie en Europe du nord.

Pour Ulric, c’est un parcours qui est plus autodidacte, c’est le petit génie de la bande au niveau technique, c’est lui qui fait que les salles sont incroyables en général. D’ailleurs, les gens ne nous croient pas, parfois. Il s’occupe de toute la partie technique de nos salles et de la mise en place globale. On parlait des game masters, les moniteurs derrière les parties ont besoin d’un système informatique et audio. Ulric a mis en place des systèmes embarqués, des systèmes de domotique, il a été professeur dans des écoles.

On s’est retrouvés un jour à jouer à Bordeaux. Après on en a refait quelques-uns à l’étranger, en Europe du nord notamment. On avait déjà pris le virus. Un jour, on s’est retrouvés à jouer à Bordeaux, et l’ambiance nous a plu. C’était dans le réseau Escape Hunt, l’ambiance était celle que vous voyez ici, donc une ambiance Sherlock Holmes, très Angleterre victorienne.

Le salon et son ambiance très british. Photographie : Kévin Hérieau
Le salon et son ambiance très british. Photographie : Kévin Hérieau

C’est ce concept-là qui nous a plu directement, c’est-à-dire que dès qu’on passe la porte du local, on se transforme en détective. Le temps d’une heure et demie, on change de vie, on emménage chez Sherlock Holmes et on résout une enquête. Ce n’est pas seulement du loisir ou de la consommation de loisir, chose qu’on n’aime pas particulièrement. C’est de l’immersion totale.

On a discuté un peu, ça nous a pris une nuit blanche sur un carton de pizza, et on a commencé l’aventure ensemble avec Ulric pour monter notre projet.

Comment avez-vous travaillé ?

Moi j’étais à l’étranger, en Lituanie, Ulric était à Grenoble, et on a commencé à travailler à distance avec l’outil collaboratif qu’on connaît tous, Google. On travaillait avec une heure de décalage, nos plannings respectifs complètement différents : Ulric travaillait à l’époque à la chaîne, moi je faisais de la photographie et j’essayais d’apprendre la langue. On a commencé dans la nuit du 19 au 20 octobre 2015, et on a inauguré notre local le 20 octobre 2016. C’était une énorme coïncidence, mais ça a duré un an pile entre les premières lignes de notre business plan sur un carton de pizza et l’inauguration de notre local à Saint-Herblain [périphérie de Nantes].

Vous êtes combien dans votre équipe ?

Actuellement, on est 10, Ulric et moi y compris, donc on a recruté 8 personnes. Six game masters, une personne dédiée à la technique, parce que mine de rien il y a beaucoup d’entretien pour nos salles, il y a de la casse parce que les gens ne se rendent pas compte de leur force, et une personne spécifiquement dédiée à l’administratif et aux ressources humaines.

 

Les autres escape game, concurrents ou confrères ?

 

Comment vous expliquez le succès actuel des escape game ?

Il y a la nouveauté qui joue beaucoup. C’est récent en France, ça s’est implanté depuis 3 ans environ, sur Nantes depuis 2 ans, mais le phénomène n’avait pas pris une ampleur aussi importante. Il y a aussi le fait que ce loisir soit sain, ce n’est pas un loisir compétitif. Nous, on a des salles doublées, ça permet de challenger pour un enterrement de vie de jeune fille ou un enterrement de vie de garçon, c’est clairement les hommes contre les femmes – d’ailleurs les hommes sont beaucoup trop présomptueux à ce sujet puisque les femmes sortent plus souvent et plus rapidement en général !

Mais c’est vrai que c’est quelque chose de sain, on se parle, on se regarde. On avait par exemple un père qui se retrouvait avec ses enfants le week-end, il les récupérait une semaine sur deux. Il nous a dit « je ne savais pas quoi faire avec mes enfants, je voulais quelque chose de sain, de cohésif, j’en avais un peu marre du cinéma où on ne se parle pas finalement, même si on apprécie le film. Là j’ai passé un super moment, j’ai pu retrouver mes enfants, on a pu parler, c’était drôle en même temps ». On est à cheval entre le thérapeutique et le ludique, pour certaines familles, et ça nous plaît.

Normalement, on ne peut faire une salle qu’une seule fois. Comment vous gérez cela ?

Pour l’instant, personne n’a voulu… enfin si, il y a quand même deux personnes qui ont voulu refaire nos salles et les redécouvrir avec leurs employés. Mais c’est vrai que quand on fait une salle, c’est un peu comme quand on a vu le film Sixième sens. Je ne vais pas spoiler pour ceux qui ne l’ont pas vu, mais quand on l’a vu une fois, il y a moins d’intérêt à le revoir. C’est la même chose pour nos salles.

On les fera peut-être un jour évoluer au niveau de la conception interne des énigmes, mais plus probablement, on fera un roulement pour renouveler l’entièreté de l’énigme et changer de thème. On va progressivement développer tous nos thèmes : on en a déjà deux d’ouverts, il y a bientôt l’Enquête au chantier naval qui va arriver, et notre projet Jules Verne. Ensuite, elles seront renouvelées tous les ans ou tous les deux ans.

Les licences commerciales, la possible main-mise des grands studios comme Disney ou des parcs d’attraction ne risquent pas de menacer certains escape game ?

On va dire que c’est quand même très récent : 3 ans, c’est quasiment rien, et on voit que malgré les parcs d’attractions, il y a quand même des petites fêtes foraines qui s’installent dans les villages et dans toutes les villes deux fois par an. C’est possible qu’effectivement certains en pâtissent, mais je pense qu’on est déjà à années +5 ou 10 voire même au-delà.

Les joueurs sont encore en train de découvrir ce qu’est un escape game, et ensuite quelle diversité il y a. C’est aussi ce qui fait sa force, et c’est pourquoi on appelle nos concurrents des confrères : une fois qu’on a joué nos salles, on ne peut pas revenir, même si on accueillerait nos joueurs avec plaisir. Il va falloir aller ailleurs.

Photographie : Kévin Hérieau
Photographie : Kévin Hérieau

Je recommande d’aller tester d’autres rooms, voire même à l’étranger où le marché est complètement différent, parce que ça participe de la diversité. C’est comme un film, comme une pièce de théâtre : une fois qu’on l’a vu, on passe à autre chose, et c’est là que l’on va rebondir sur tous les acteurs du marché.

Hier, on était en team building chez un de nos confrères, John Doe en centre ville, avec toute notre équipe. Il y a une très bonne entente, le marché n’est pas fermé et c’est surtout des passionnés qui ont montés les escape. Ils sont passionnés par le jeu, par l’échange, toujours aller plus loin, chercher le mécanisme qui va être incroyable… Donc on s’entend très bien, sur le territoire nantais en tout cas.

On n’a pas tous les mêmes spécificités, la nôtre par exemple c’est d’avoir un espace d’accueil taillé pour les entreprises. Je sais que de temps en temps nos confrères de Leave in Time et La Ligue des Gentlemen nous renvoient quelques groupes plus importants. Et quand on a des créneaux bloqués, on renvoie spontanément les clients vers nos confrères. Donc ce sont des confrères et pas des concurrents. Ça peut paraître bizarre, mais c’est comme ça.

 

Quel avenir pour l’escape game ?

 

Quel est l’avenir de l’escape game, selon vous ?

Le marché évolue très vite, mine de rien. On fait une veille aussi bien nationale qu’internationale, et locale bien sûr. On ne veut pas aller trop vite. Pour l’escape game en général, pour répondre facilement à la question, je pense qu’on va se rapprocher très vite des nouvelles technologies. C’est la suite logique avec des écrans, et peut-être une interaction un peu plus humaine parfois, des personnes dans les salles, ou du challenge visuel. Tous les formats sont possibles dans un escape, et c’est ce qui le rend un peu fou.

On a choisi des thèmes qui n’étaient pour l’instant pas ancrés sur l’époque actuelle, mais le prochain, sur les chantiers navals, le sera. On peut tout intégrer. Je sais qu’il y a un escape où c’est une chambre d’enfant, là où d’autres peuvent être une attaque zombie ou post-apocalyptique. Tout est faisable.

On se rend compte quand même que 80 à 90% de nos joueurs sont des personnes qui n’ont jamais joué, ou joué une seule fois. Donc aller trop vite, c’est aussi prendre le parti de spécifier notre cible, et nous on est très contents d’avoir des gens qui viennent de tout horizon, qui ont tout âge, qui ont toute profession. On a pris un parti qui est déjà assez fort de passer au-dessus du clef-cadenas, qui était la première génération d’escape game, où on ouvrait un cadenas, on avait un code, un coffre, et on continuait avec ces trois éléments.

On a un peu de magie dans nos salles, des mécanismes un peu particuliers, sans les décrire, mais c’est déjà une deuxième version voire une troisième version d’escape game, et on se rapproche de choses encore plus complexes à l’avenir. Mais on prend notre temps, parce qu’on a le temps, aussi. C’est notre parti pris, on n’a pas de télé dans nos salles, pas d’élément qui rompe la thématique de nos salles, ou en tout cas un minimum. C’était un des objectifs avec Ulric quand on a monté cet escape.

Justement, la notion d’écran dans une room, c’est en contradiction avec l’idée de loisir sain, loin des tablettes, des ordinateurs…

Je suis d’accord. On en discute régulièrement avec Ulric. Je ne me vois pas mettre un casque à une personne alors que l’équipe continue de jouer. Après, ça peut être fait de manière ponctuelle, je pense à mille idées, mais un écran peut être utilisé comme un miroir avec un fantôme derrière, il peut y avoir des solutions qui font que ça ne rompt pas l’équilibre de l’équipe, et ça peut passer non pas pour de la technologie mais pour de la magie ou de la science. C’est un peu la beauté de la technologie : des fois, elle peut servir à autre chose que sa propre technologie. C’est faisable, mais on aime bien garder l’esprit sain de l’équipe qui fait son aventure. Ce n’est pas la room qui va faire l’aventure.

Quels sont les retours des joueurs, en général ?

Photographie : Kévin Hérieau
Photographie : Kévin Hérieau

Pour l’instant, on n’a que des personnes ravies qui sortent de nos salles. Après, ça plaît ou ça ne plaît pas, ça reste un loisir. On peut essayer le canyoning, le bowling, le laser game, ça peut ne pas plaire. En général, ça plaît parce que c’est intéressant : c’est rare dans la vie qu’on se voie proposer de se mettre dans la peau d’un détective. C’est carrément un rêve pour certaines personnes, et c’est bien de pouvoir d’un coup résoudre une enquête, en plus en équipe, avec des amis très souvent, parfois des collègues. Les avis sont très positifs, ça nous enchante assez.

On prend en compte tous les avis, on fait une veille assez précise sur différentes plate-formes de réseaux de notation et de réseaux sociaux, comme les retours au sein du débriefing, c’est important pour nous et pour les game masters qui s’impliquent énormément dans l’évolution de Escape Hunt Nantes.

On a eu quelques retours au démarrage de notre activité, par exemple sur Le mystère de la pierre philosophale, qui à certains paraissait un peu vide. On a bloqué une journée et on a pris le temps d’évaluer ce qui manquait, pourquoi, et tout le monde a mis la main à la pâte pour aménager le décor en conséquence. Ça va au-delà de la simple compréhension des avis : on acte sur les points importants pour le public.

Entretien, montage audio : Kévin Hérieau, Gwenn Besson
Photographies et mise en page : Kévin Hérieau
Retranscription écrite : Gwenn Besson

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