Une seconde vie pour les phares : le tourisme

Une seconde vie pour les phares : le tourisme

Avec l’automatisation des phares en mer, le métier de gardien n’existe plus en France depuis le 1er janvier 2016, date signant le départ en retraite de Serge Coatmeur. Cependant, tous les phares ne sont pas totalement inhabités pour autant puisqu’un nombre grandissant ouvrent leurs portes dans le cadre de mises en valeur touristiques. C’est le cas du Phare de Saint-Mathieu à Plougonvelin, de celui se dressant sur l’île Vierge ou encore du phare d’Eckmühl dans la commune de Penmarch.

Le phare de Saint-Mathieu et son abbaye. Photographie : Kévin Hérieau
Le phare de Saint-Mathieu et son abbaye. Photographie : Kévin Hérieau

Au sommet du premier, avec une vue imprenable sur les ruines de l’abbaye, le sémaphore et la mer, nous nous entretenons avec Laura. Jeune gestionnaire et guide touristique, elle nous dévoile les points essentiels pour rendre un phare visitable : l’accessibilité, le budget, le classement ou non à l’Unesco, ainsi que l’accord de la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises, fondée en 2002, qui en est la propriétaire. Selon l’interrogée, cette ouverture des phares au public est une excellente initiative car il s’agit d’un moyen efficace pour « ne pas en faire un patrimoine figé ». Des activités sont donc régulièrement organisées. Elle énumère notamment des causeries avec des gardiens, des montées en pleine nuit, ainsi que des chasses aux trésors dans l’abbaye qui se trouve au pied du Phare de Saint-Mathieu et de ses 163 marches. Ces idées d’animations ne proviennent pas de nulle part, mais d’un réseau non officiel constitué d’autres gestionnaires provenant de ce milieu.

Le phare de Saint-Mathieu et son abbaye. Photographie : Gwenn Besson
Le phare de Saint-Mathieu et son abbaye. Photographie : Gwenn Besson

Ces initiatives ont pour fonction d’alimenter l’intérêt des touristes, ainsi que des locaux, dont la présence est davantage motivée par la curiosité d’admirer le paysage que de se cultiver quant à l’histoire des lieux. Pourtant, celle-ci n’est pas en reste. Au XIIIème siècle, les moines bénédictins vivant dans l’abbaye présente sur le site, ont construit une tour de guet de 40 mètres de haut. Dès 1250, ils font brûler un feu à son sommet pour créer un point de repère aux marins en mer et, ainsi, leur éviter tout danger. C’est ainsi qu’est né le tout premier phare de Bretagne. Il a fallu attendre 1835 pour que le phare actuel, automatisé en 1996, soit construit. « Ce n’était pas juste parce qu’on trouvait ça joli » qu’il se trouve près des ruines, mais bien parce que le repère est fixé à cet endroit précis depuis plusieurs siècles. Bien que relativement récent, il ne faut pas en négliger l’entretien. Récemment, des travaux ont débutés durant lesquels un ravalement extérieur sera réalisé ainsi qu’un désamiantage. Le phare ne sera donc pas ouvert au public le temps nécessaire à la réalisation de ces projets.

Le phare de l'île Vierge dans la brume : Gwenn Besson
Le phare de l’île Vierge dans la brume. Photographie : Gwenn Besson

Rendez-vous sur un purgatoire, soit un endroit en mer permettant tout de même de loger une famille : l’île Vierge. Son seul occupant permanent est l’un des plus hauts phares du monde avec pas moins de 82,5 mètres et 397 marches. Pour nous y rendre, nous faisons appel à la compagnie Vedette des Abers. Malgré le brouillard épais qui nous entoure, la visite est maintenue. D’après les guides, certains individus affectionnent cette météo qui instaure une ambiance des plus particulière. Tout ce qui nous environne est indistinct, y compris le phare. Les gardiens devaient se sentir coupés du monde lorsqu’il faisait un temps pareil, et pourtant ils n’étaient pas si loin de la côte. Après avoir surmonté l’épreuve de la montée, nous sommes confrontés à une mur opaque et blanc. Cette visite ne nous permet donc pas de contempler les alentours, motivation pourtant première des visiteurs comme nous l’avait confié Laura pour qui le départ des gardiens est jugé d’« intéressant » pour le tourisme. Constat partagé par Serge Coatmeur lui-même ultérieurement.

Malgré les intempéries, nous avons recueilli l’avis du pilote du bateau qui paraît plutôt indifférent quant à l’avenir de ces géants maritimes. « Maintenant que tout le monde à un GPS, les phares ne servent plus à rien, à part pour être visités. » Nuance, tout de même : quand les appareils sont en panne, heureusement que les feux sont encore là.

Kévin Hérieau

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