Moguériec, la tour Eiffel du Finistère

Moguériec, la tour Eiffel du Finistère

Ce matin d’octobre, le vent s’acharne sur Moguériec, le port de Sibiril, commune du Finistère nord. La jetée subit sans broncher les assauts des vagues ; à son extrémité, une tourelle métallique blanche et verte monte la garde, impassible. Du haut de ses 8 mètres, ce phare est l’emblème de la vie moguériecoise. Pourtant, une épée de Damoclès vacille au-dessus de sa lanterne.

Le phare de Moguériec. Photo : Kévin Hérieau
Le phare de Moguériec. Photo : Kévin Hérieau

La faiblesse du béton

Le socle de béton qui soutient le phare nécessite des travaux de renforcement, sans quoi il risque de s’écrouler. Le service des Phares et Balises a d’abord envisagé de le remplacer par un feu tripode et un socle en inox, bien plus léger. Mais à Moguériec, on ne l’a pas vu du même œil.

Michel Jolivet. Photo : Gwenn Besson
Michel Jolivet. Photo : Gwenn Besson

« Tout est parti d’un riverain qui habite là, qui trouvait que lors d’une grosse tempête, la digue faisait un drôle de bruit, et il s’est demandé s’il n’y avait pas des faiblesses dans le béton », explique Michel Jolivet, président de l’association des Pêcheurs et Plaisanciers de Sibiril. Nous sommes alors en 2013. La mairie demande une expertise de la digue, qui ne présente pas de danger particulier. Par contre, les mêmes analyses montrent une faiblesse au niveau du bloc de béton sur lequel est posé le phare.

Un article paraît dans le Télégramme de Brest et annonce que le phare de Moguériec va être remplacé par un feu tripode en inox. Michel Jolivet a alors été le premier à lancer l’alerte et « mobiliser tout le monde » pour sauver le phare.

 

Un phare signé Gustave Eiffel

Certains riverains commencent à s’interroger sur le passé du phare. « On n’imagine pas toute l’histoire qu’il y a derrière. Je crois que personne ne s’était jamais intéressé à l’histoire de ce phare », explique Arnaud Lampire, qui a entrepris des mois de recherches. L’histoire du phare, disponible en ligne, est racontée à la première personne, « pour rendre l’histoire aux gens d’ici ; c’est une façon un peu détournée de mettre en valeur le phare ».

Arnaud Lampire. Photo : Gwenn Besson
Arnaud Lampire. Photo : Gwenn Besson

Le phare a été construit à Paris en 1876 sur les plans de Louis Sautter et Gustave Eiffel, dont le brevet a été déposé pour l’Exposition Universelle de l’époque. Il commence sa carrière à Honfleur, jusqu’à ce que le remblaiement du port le rende inutile après la seconde guerre mondiale. Pendant ce temps à Moguériec, on fait des travaux pour agrandir le port. La jetée est construite, mais il n’y a pas encore de feu au bout. C’est la grande époque de la pêche à la langouste : avec l’accord des pêcheurs, une taxe de 0,08% est instaurée sur le poisson débarqué et permet d’acheter un phare.

Le feu qui ne brille plus à Honfleur est transporté à Brest, remis en état puis posé à Moguériec au printemps 1960. « C’est pour une part le travail des pêcheurs qui a permis le développement du port, et le phare a été acheté quelque part par les pêcheurs. C’est ça aussi l’attachement des gens à cette histoire-là », continue Arnaud Lampire. « Ça nous sert un peu d’argumentaire actuellement pour ne pas envisager la fin de notre monde à nous. »

Sauvons le phare de Moguériec

Le collectif « Sauvons le phare de Moguériec » s’est développé avec une page Facebook et une pétition en ligne « qui a recueilli plus de 2000 signatures sur internet, plus des signatures écrites » indique Michel Jolivet. Une fête a été organisée pour les 140 ans du phare en été. Face à une telle mobilisation, les Phares et Balises « ont mis des capteurs sur le socle pour étudier son évolution. Et on attend les résultats qu’ils nous avaient promis, ça fait déjà un an, pour le mois d’octobre cette année. Le temps qu’ils analysent les résultats, ils vont nous dire si le phare est en danger vraiment de tomber. »

Arnaud Lampire évoque un éventuel jumelage avec une ville du sud, Menton, « dernier phare avant l’Italie », où une tourelle identique à celle de Moguériec veille sur le port. « Ils l’ont classé, il brille, il est tout rouge, repeint tous les ans, ils ont fait un socle en granit, il est magnifique. Pourquoi ici, un phare de la même époque ne pourrait pas bénéficier de la même chose ? » interroge-t-il.

Toutefois, l’option de refaire le socle en béton et remettre le phare à neuf reste la plus chère. Le service des Phares et Balises propose de déplacer le phare, à titre décoratif, « mais je persiste à croire que le phare, ailleurs que sur un quai, là où il est, n’aurait aucun charme » martèle Michel Jolivet. L’objectif est d’inscrire le phare au patrimoine et de le conserver dans sa fonction nautique pour garantir les moyens de son entretien.

Quoi qu’il en soit, le phare de Moguériec peut être assuré du soutien des habitants et de tous ceux qui, de près ou de loin, ont une histoire qui lui est liée : sa place est au bout de la jetée, à l’entrée du port. « C’est ridicule, sur le rond-point… ça pourrait nous servir, bien sûr, le patron du bar, si les flics sont pas là, il le met vert ! » renchérit un marin-pêcheur.

Gwenn Besson

 

Liens :
« Sentinelle du matin – l’étonnante destinée du Phare de Moguériec », Arnaud Lampire : https://padlet.com/lecomptoirdelaf/sentinelledumatin
Sauvons le phare de Moguériec : https://www.facebook.com/sauvonslepharedemogueriec/
La pétition sur Change.org : https://www.change.org/p/sauvons-le-phare-de-mogu%C3%A9riec

 

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