À la rencontre des nouveaux gardiens de phare

À la rencontre des nouveaux gardiens de phare

Ce matin d’automne, un vent glacé s’acharne sur les quais de Saint-Nazaire, capitale française de la construction navale. C’est de là qu’est parti l’Harmony of the Seas, le plus grand paquebot du monde, en mai 2016. Ville portuaire située au nord de l’estuaire de la Loire, Saint-Nazaire constitue avec Nantes un pôle économique majeur de la Loire-Atlantique.

Emblème du service des Phares & Balises. Saint-Nazaire. Photo : Gwenn Besson
Emblème du service des Phares & Balises. Saint-Nazaire. Photo : Gwenn Besson

Depuis le toit de l’ancienne base sous-marine, masse imposante de béton armé qui abrite désormais l’office de tourisme, on aperçoit les chantiers navals, les portiques, les entrepôts, les cargos débarquant leurs conteneurs multicolores, les raffineries de l’autre côté du pont qui enjambe le fleuve. L’activité de Saint-Nazaire se concentre sur le commerce et l’industrie.

À l’une des extrémités du quai des Frégates se trouve la Subdivision des Phares et Balises, au pied d’une grande grue grise. Le portail est encadré par deux balises latérales, rouge à bâbord, vert à tribord. Ainsi sont traditionnellement signalisés les chenaux et les entrées des ports. Pierre, l’un des responsables, vient à notre rencontre.

Nous traversons une sorte de chantier où s’entassent des chaînes rouillées, des bouées de toutes les formes et toutes les tailles, dans un éventail coloré de rouge, vert, jaune et noir. Chacune porte un nom qui lui est propre : les Errants, Basse Nouvelle, la Sablaire… Une autre, couchée sur le béton, arbore en blanc le nom de Lancastria. Elle fait référence à l’emplacement où a sombré le paquebot du même nom, bombardé par les Allemands le 17 juin 1940, dans l’estuaire de Saint-Nazaire, au large de l’île du Pilier. En ces temps-là, l’occupant avait éteint et peint en noir tous les phares du littoral français.

La balise du Lancastria. Photo : Gwenn Besson
La balise du Lancastria. Photo : Gwenn Besson

Le phare de l’île du Pilier est télé-contrôlé par la Subdivision des Phares et Balises de Saint-Nazaire, qui, avec les centres de balisage de Dunkerque, le Havre, Brest, le Verdon et Marseille, dépend de la DIRM NAMO (Direction Inter Régionale de la Mer Nord Atlantique Manche Ouest), laquelle est un service déconcentré du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie. Difficile de s’y retrouver dans cette « organisation labyrinthique », comme la qualifiait déjà le numéro d’octobre 1996 du Chasse-Marée, revue spécialisée dans le monde nautique. On est loin du temps des gardiens directement recrutés par le service des Phares et Balises, dont le directeur avait alors une véritable autorité.

« Ça fait 14 ans que je suis aux Phares et Balises. Déjà à l’époque, les phares n’étaient plus gardiennés. J’ai eu la chance, pendant ma formation, de passer une semaine en phare avec un gardien. Mais je n’ai jamais été gardien de phare » nous explique Pierre.

Un des baliseurs, amarré au quai des Phares et Balises. Photo : Gwenn Besson
Un des baliseurs, amarré au quai des Phares et Balises. Photo : Gwenn Besson

Aujourd’hui, les travailleurs chargés de l’allumage et de l’entretien des phares et balises sont appelés des TSDD, Techniciens Supérieurs du Développement Durable. Un nom à rallonge que l’on doit uniquement aux nombreux remaniements ministériels des dernières années, succédant à ceux d’électro-mécaniciens puis de contrôleurs TPE (Travaux Publics de l’État).

Les corps de métiers représentés à la Subdivision des Phares et Balises n’incluent plus les gardiens de phare. Certains se sont reconvertis en électro-mécaniciens quand ils sont descendus de leurs tours. À ceux-là s’ajoutent les ouvriers chargés de l’entretien général, parmi lesquels on compte les peintres, les maçons, les forgerons… Enfin viennent les marins, qui semblent tout de même indispensables dans un métier aussi lié à la mer.

Amarrés au quai, le baliseur et le remorqueur aux couleurs des Phares et Balises côtoient le Charles Babin, qui a pris sa retraite en 2013 et a été racheté par une association qui se bat pour le sauver. Difficile de ne pas songer du même coup au Georges de Joly, bateau emblématique dans l’histoire des Phares et Balises, qui a assisté au Débarquement de Normandie… puis a été démantelé en 1996 après 70 ans de bons et loyaux services.

Alors qu’aujourd’hui, le discours général relègue l’utilisation de la signalisation maritime au second plan, derrière le sacro-saint GPS, Pierre estime que les phares ont encore leur utilité ; « moi, ça me paraît indispensable », assure-t-il. D’autant plus quand « les usagers quotidiens de la mer, les marins qui passent tous les jours, les pêcheurs » relèvent un dysfonctionnement d’un feu, ce qui conforte dans l’idée que le GPS n’a pas totalement supplanté les phares et balises.

La lentille de Fresnel, qui permet de décupler les rayons de l'ampoule. Photo : Gwenn Besson
La lentille de Fresnel, qui permet de décupler les rayons de l’ampoule. Photo : Gwenn Besson

Désormais, un simple ordinateur s’assure de l’allumage des phares, auxquels il est relié par un boîtier qui relaie des informations permettant de vérifier que tout fonctionne comme il se doit. « Ce n’est pas une grande salle de contrôle avec plein de boutons et d’écrans comme on pourrait l’imaginer. », commente Pierre. Malgré l’automatisation, on est loin des grosses machines tout droit sorties d’un futur de science-fiction.

Et si la lentille de Fresnel a toujours sa place dans la lanterne pour décupler la portée de la lumière, le feu à pétrole a depuis longtemps cédé la place à des moyens d’allumage plus modernes : à la Subdivision des Phares et Balises, un atelier aux tables recouvertes de matériel électronique permet entre autres de réparer ou remplacer les ampoules des balises. Aujourd’hui, c’est une LED d’une vingtaine de centimètres seulement qui éclaire les bateaux au sommet des 34 mètres du phare de l’île du Pilier. Pierre nous tend une ancienne ampoule, légèrement plus grande : celle-ci a fini son office quelques années auparavant, remplacée par du matériel plus efficace.

Il est fini, le temps des gardiens de phare : à présent, celui des techniciens est venu.

Gwenn Besson

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