Une personnalité haute en couleur : rencontre imaginaire avec la dessinatrice Marjane Satrapi

Une personnalité haute en couleur : rencontre imaginaire avec la dessinatrice Marjane Satrapi

Portrait de Marjane Satrapi
Portrait de Marjane Satrapi

À l’occasion de la sortie prochaine de son adaptation cinématographique du roman de Romain Puértolas intitulé L’extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Marjane Satrapi a accepté de se confier sur son parcours atypique.

Tandis que la préparation du matériel d’enregistrement touche à sa fin, nous recevons un appel nous annonçant que notre invitée est sur le point d’entrer dans la pièce. Ouvrant la porte en grand pour l’accueillir chaleureusement, nous patientons quelques instants avant de voir apparaître l’auteur de Persepolis au bout du couloir. C’est avec un large sourire que nous établissons notre premier contact. Après une poignée de main, nous la prions d’entrer dans le bureau parsemé d’étagères et de tableaux, ainsi que d’une large table où se déroulera l’entretien. Une fois assis, nous remarquons le contraste entre sa silhouette aux habits sombres et sa chevelure de jais qui se découpent parfaitement contre les murs pâles qui nous entourent.

Dans le but de démarrer l’échange, nous lui posons une question qui, certes, peut paraître absurde mais qui se révéla être un véritable fil directeur pour la suite. Selon elle, quel objet la représente de manière intrinsèque ? Jugeant qu’une simple réponse orale serait dépossédée de toute force symbolique, nous nous contentons de la regarder fouiller dans son sac à main durant un court laps de temps. D’une mine à la fois amusée mais aussi incroyablement sincère, Marjane Satrapi nous dévoile un simple crayon de couleur noir qu’elle tient entre son pouce et son index. D’aspect usé, ce dernier semble avoir été utilisé à maintes reprises à travers les ans. Cette impression est confirmée lorsque la réalisatrice nous explique qu’elle s’en est servie lors de la phase préparatoire de sa première bande-dessinée. Suite au succès inattendu et inespéré qu’elle a rencontré depuis lors, la Franco-iranienne garde ce véritable « bijou » auprès d’elle comme s’il s’agissait d’un porte-bonheur.

Aux premiers abords, il est difficile d’imaginer qu’une voie était toute tracée entre elle et ce fameux accessoire qui allait lui ouvrir les portes d’un futur plein de promesses et de réussites. Alors âgée de quatorze ans, la dessinatrice en devenir dû quitter son pays natal plongé en pleine répression islamique pour séjourner plusieurs années en Europe. C’est de retour en Iran que son talent pour les arts se confirme puisqu’elle se retrouve diplômée en communication visuelle. Une fois à Paris, elle rejoint l’atelier des Vosges animé par un groupe d’auteurs de bandes dessinées. C’est en lisant Maus, bande dessinée d’Art Spiegelman qui aborde le thème de la persécution des juifs au XXème siècle, qu’elle prend la décision de travailler dans ce domaine.

Quand nous l’interrogeons sur ses motivations à créer Persepolis, l’auteur évoque le discours de son oncle Anouche qu’elle retranscrit dans le premier des quatre tomes : « La mémoire de la famille ne doit pas se perdre. Même si c’est pas facile pour toi, même si tu ne comprends pas tout. » Aussi, la rédaction lui semblait être la seule voie possible car « comme beaucoup d’individus ignoraient comment c’était [de vivre en Iran à cette époque], mais étaient sûrs de l’image qu’ils s’en faisaient, je voulais leur donner un autre point de vue. » C’est ainsi que, bien des années plus tard, la jeune femme s’est retrouvée à raconter l’histoire de sa famille par le biais d’un stylo l’aidant à joindre l’écriture et le dessin. Et pourtant, à ses débuts, elle ne pensait pas que cette pratique lui était destinée ! Effectivement, illustrer des bandes dessinées lui paraissaient être une activité typiquement masculine. Marjane Satrapi s’explique en indiquant que les premières BD sont parues, parallèlement au cinéma, à une époque où les femmes étaient supposées rester à la maison, faire la cuisine et s’occuper des tâches domestiques. Fort heureusement, ce fait ne l’a pas découragée pour autant.

Alors que nos yeux se posent à nouveau sur le crayon qu’elle tient fermement dans sa main, notre curiosité pour cet objet ne cesse de prendre de l’ampleur. Nous lui demandons alors ce qui la pousse à se contenter du noir et blanc lorsqu’elle crée ses illustrations. D’après l’artiste, ce qu’elle devait raconter par écrit dans le cadre de Persepolis était déjà très complexe. Pour focaliser l’attention du lecteur sur la trame et avoir un bon rythme de lecture, il lui fallait utiliser un style graphique simple et minimaliste, d’où l’apparence monochrome. La Franco-iranienne ne cache pas qu’il s’agit d’une tâche difficile car la couleur permet à n’importe quelle création d’être agréable visuellement. Lorsqu’elle est absente, les défauts sont plus facilement remarquables. Notre interlocutrice, rayonnante, nous remercie lorsque nous lui annonçons qu’elle a magistralement relevé ce défi en adaptant ses quatre tomes à l’écran en 2007. Bien entendu, après une pluie de récompenses à un niveau international, avec entre-autre une nomination aux Oscars et deux Césars, nos dires sont une évidence. Pourtant, nous ne pouvons-nous empêcher de le lui faire remarquer.

Bien que sa dernière publication nommée Le Soupir date de 2004, la dessinatrice n’a pas abandonné son stylo pour autant. Elle a en effet coécrit une chanson pour l’artiste Arielle Dombasle en 2009, et écrit une chanson pour la bande originale de Poulet aux prunes, œuvre cinématographique à nouveau tirée de sa bibliographie. Ses talents de dessinatrice ont aussi été mis à contribution pour la réalisation de la pochette du disque Préliminaires d’Iggy Pop.

L’entretien s’achève sur une note positive et philosophique qui est bien loin de nous laisser insensibles, et qui fait miroir à la liberté de son écrit face à la répression rencontrée durant son enfance : « J’ai vécu sous le joug d’une dictature. Il y avait un interdit pour tout ! Étais-je moins libre de mes pensées ? Non. Suis-je devenue stupide ? Non. Car peu importe l’intensité avec laquelle [les islamistes] me regardaient, ils ne pouvaient pas entrer dans mon esprit. Il m’appartient. »

Kévin Hérieau


Ce texte est le résultat d’un travail demandé par un professeur. Il s’agit d’un entretien fictif basé sur de réelles citations.

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